Festival Mondial des Marionnettes à Charleville-Mézières
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"On a tous dans un coin d'enfance un Guignol qui bastonne un gendarme,
un Pinocchio qui s'anime.
Mais depuis nos promenades au parc, plus rien, les marionnettes ont disparu." Celui qui a dit ça
était aveugle, ou il ignorait l'existence de Charleville-Mézières. D'accord, le nom fait un peu moins
rêver que Bora Bora ou Florence, et la capitale des Ardennes n'a pas réussi à garder longtemps
son Rimbaud. Mais depuis 1961, au rythme triennal des grandes cultures, Charleville a trouvé de quoi
gagner l'estime de centaines de milliers de personnes: le festival mondial de marionnettes, qui se tient du 15 au 24 septembre, dans la
ville où Rimbaud s'ennuyait à périr!
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Pas que des guignols
J'en vois qui doutent. Connaissent-ils le Bunraku nippon, le Wayang javanais,
le Lileki slovène? Car le théâtre de Marionnettes vient de loin et de partout. Bien sûr il y a les grandes traditions
européennes, dont la toujours passionnante école tchèque, mais le festival accueille aussi pour la
première fois cette année des Birmans, propose un coup de projecteur sur la scène japonaise, et réunit
les nouveaux venus palestiniens aux habitués israéliens. 47 pays représentés, 250 compagnies, 600
spectacles. 110.000 places seront vendues, quand Avignon en propose 150.000. Et tout ça dans une ville
de 60.000 habitants! Et bien sûr, toute la région se mobilise, accueille, participe et s'amuse…
Les marionnettes ont trouvé leur patrie.
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Oh Oh Oh, jolies poupées
Très populaires depuis des siècles, les marionnettes sont devenues avec
l'apparition des formes de divertissements modernes (cinéma notamment) un art destiné aux enfants.
Déconsidérés, ignorés du grand public, les passionnés ont dû s'accrocher pour continuer. Au premier
festival, en 1961, les artistes étaient taxés comme forains! Bien qu'encore aujourd'hui un
marionnettiste de base gagne rarement autant qu'un directeur de com' chez Windows, la situation
semble s'améliorer. Et la fiction du film "Dans la peau de John Malkovitch", où un marionnettiste
devient adulé comme une rock-star, pourrait bien devenir réalité… Ce qui serait la moindre des
choses en regard des spectacles époustouflants qui ravissent petits et grands. Passionnés ou néophytes,
bambins ou vétérans, tous en Ardennes!
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Jamais sans mes fils
C'est la septième fois qu'Alain Bertheau vient au Festival. 21 ans, donc.
D'abord comme spectateur, puis comme acteur, dans le "Off" puis le "In". Cette année, il présente
trois spectacles avec la compagnie Amac inspirés de contes de Grimm et Perrault. Une vitrine formidable,
admet-il, même s'il reconnaît que le gigantisme du festival rend souvent difficile de nouer
les contacts. Il regrette de ne pas avoir le temps d'assister à beaucoup de représentations et
se souvient en voyant des Tchèques parler français avec un formidable accent, qu'à l'occasion
d'une tournée en Allemagne il a passé deux mois à apprendre le texte par cœur, sans connaître
l'allemand!… Sa passion pour les enfants, son goût pour le spectacle et la révélation d'un soir
l'ont poussé vers les marionnettes. Rejoint par Jean-Jacques Fialon puis Karin Oberndorfer (qui
vient du pays des contes: Minden), ils forment Amac. Et si vous rajoutez un ordinateur pour
contrôler musique et lumières, l'équipe est au complet. "C'est vrai qu'on économise un poste
d'ingénieur, mais cela nous permet surtout de nous concentrer sur le jeu." La technique libère
certes les manipulateurs, mais les marionnettes gardent leur fils. Comme les contes, la marionnette
est un art où l'essentiel restera toujours le même.
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Les équilibristes du presque rien
Si même les petites compagnies utilisent aujourd'hui l'ordinateur autrefois réservé
aux représentations de prestige, c'est que les marionnettistes sont d'incorrigibles touche-à-tout.
Ils sont musiciens, éclairagistes, sculpteurs, chorégraphes, metteurs en scène, dramaturges. Artisans
et artistes. Auteurs et interprètes. Il faut aller vers le public et rester dans l'ombre, donner de
la voix et s'effacer derrière un personnage de bois ou de chiffon. Ne tenir qu'à un fil.
Et, sans doute, cette fragilité courageuse bat au cœur de leur métier. Les marionnettes fascinent
parce que, libres de la pesanteur, elles vivent entre terre et ciel; les marionnettistes nous
captivent parce qu'ils les accompagnent dans leur chemin.
EF
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